Les émotions et leur fonction
- Noémie Anliard pro
- 4 juin
- 5 min de lecture
Par Noémie Anliard — Accompagnatrice en parentalité positive

Les émotions : à quoi servent-elles vraiment ?
On entend souvent parler des émotions. On nous dit d'accueillir celles de nos enfants, de ne pas les minimiser, de les laisser s'exprimer. Mais au fond — sait-on vraiment ce qu'est une émotion ? À quoi elle sert ? Pourquoi elle surgit ?
Comprendre les émotions, c'est l'une des clés les plus puissantes de la parentalité. Pas seulement pour accompagner son enfant — mais pour se comprendre soi-même.
Une émotion, c'est quoi exactement ?
Une émotion, c'est une réaction physiologique d'adaptation de notre organisme. Avant même qu'on ait réfléchi, le corps a déjà réagi. C'est automatique, involontaire — et c'est précisément pour ça qu'on ne peut pas "décider" de ne pas ressentir une émotion.
Ce qu'on oublie souvent : on ressent rarement une seule émotion à la fois. Elles se combinent, se superposent, se mélangent — ce qui explique pourquoi ce qu'on vit intérieurement est souvent bien plus complexe qu'un simple mot.
Et surtout : toute émotion porte un message. Elle exprime un besoin.
C'est peut-être la phrase la plus importante de cet article. Parce qu'elle change tout — dans la façon dont on se perçoit, et dans la façon dont on perçoit les autres.
Les 5 émotions de base et leur fonction
La colère — l'émotion de l'intégrité
La colère est l'émotion naturelle de la frustration. Une colère saine, c'est simplement quelqu'un qui dit "quelque chose n'est pas juste pour moi". Elle permet d'exprimer ce qu'on désire ou non, ce qu'on exige pour soi-même. Elle restaure l'intégrité.
Quand votre enfant crie en s'adressant à vous, c’est une réaction émotionnelle, c’est l’après émotion, son cerveau est sous stress, submergé, incapable de formuler avec des mots ce qu'il vit. Ce n'est pas de la provocation — c'est un appel de détresse affective ou un débordement émotionnel non contrôlé (cerveau de l’enfant encore immature).
La bonne posture ? Nommer, accueillir, laisser l’enfant s’exprimer, lui proposer des outils ou des solutions pour apprendre à réguler ses émotions. Reformuler le message, les besoins de cette colère calmement, sans étiquette, sans jugement, cela lui apprend comment exprimer une colère saine. Ne pas interpréter ce que l’enfant exprime et ce qu'il ressent. Ce ressenti est le sien. Il est réel, même s'il ne correspond pas à ce que vous percevez. Laisser la place à l’émotion.
La peur — l'émotion qui protège
La peur nous prépare face au danger. Elle nous donne l'énergie de nous protéger, de fuir, de faire face. Ne cherchez pas à la faire disparaître trop vite : rassurer, oui — mais brièvement. Maintenir un enfant trop longtemps dans la réassurance peut entretenir son insécurité plutôt que de l'aider à traverser sa peur.
Et la peur a une cousine souvent mal comprise : l'anxiété. La peur répond à un danger réel et présent. L'anxiété, elle, répond à l'inconnu — elle cherche à anticiper pour trouver de la sécurité. Un enfant anxieux n'est pas un enfant fragile : c'est un enfant qui imagine, qui intellectualise, qui développe son intelligence. Accompagnez son anxiété en l'invitant à mettre des mots sur ses scénarios — plutôt que de chercher à les effacer.
Le dégoût — l'émotion qui préserve
Le dégoût nous protège de ce qui pourrait nous nuire : le pourri, l'infecté, mais aussi les comportements toxiques ou les situations qui vont à l'encontre de nos valeurs. Il agit comme un système d'alarme naturel. On le prend en compte, on l'explique si besoin — et on ne le minimise jamais.
La tristesse — l'émotion qui répare
La tristesse est l'émotion de la réparation. Face à une blessure, une perte, une déception — elle est là pour nous aider à nous reconstruire. Elle permet la croissance personnelle. Face à un enfant triste, on accueille, on console, on laisse les mots venir à leur rythme. Et si la situation le permet, on répare ensemble.
La joie — l'émotion de la connexion
La joie, c'est l'émotion de la réalisation de soi, du lien, du sens. Elle se nourrit de mouvement, de sensations, de présence réelle. Plus un enfant est dans son corps — il bouge, grimpe, gadouille, utilise ses cinq sens — plus il est connecté à lui, aux autres, à ce qui l’entoure, plus cela lui procure de la joie au quotidien.
Ce qui l'éteint ? Le manque de connexion avec ceux qu'il aime, des temps partagés de qualité. Et l'excès de temps d'écran, qui coupe du mouvement et des sensations.
Prenons la jalousie comme exemple
La jalousie, c'est le mélange de plusieurs émotions. C'est souvent de la peur — peur d'être abandonné, peur de ne plus être aimé — combinée à de la colère — colère liée au besoin de défendre ce qui est à nous : notre intégrité, notre espace, nos parents, et surtout leur amour ❤️.
La jalousie s'apaise quand elle est écoutée, nommée, accueillie — sans morale, sans punition. L'enfant jaloux n'est pas méchant. Il a peur. Il n'a pas besoin d'être grondé. Il a besoin d'être rassuré, aimé, de savoir qu'il a toujours sa place et votre amour.
Les réactions émotionnelles ?
Tous les humains ont des réactions émotionnelles. Les enfants en sont submergés parce que leur cerveau est encore immature — les connexions entre la zone émotionnelle et le cortex préfrontal, là où on réfléchit et régule, se construisent tout au long de l'enfance.
Mais les adultes aussi sont souvent démunis. Parce que pour la plupart, personne ne leur a appris. La façon dont on gère nos émotions aujourd'hui est directement liée à la façon dont elles ont été — ou non — accueillies pendant notre enfance.
C'est là que se situe notre rôle. En accueillant les émotions de nos enfants, en les aidant à mettre des mots sur ce qu'ils vivent, on construit concrètement leurs réseaux neuronaux. On leur donne les outils pour se réguler eux-mêmes. On leur offre quelque chose qu'on n'a peut-être pas eu.
Et ça, ça ne demande pas d'être parfait. Ça demande d'être présent.
En guise de conclusion
Les émotions ne sont pas des ennemis à contrôler. Ce sont des alliées précieuses — pour l'enfant comme pour l'adulte. Chacune porte un message, exprime un besoin, cherche à nous aider à nous adapter.
Comprendre cela ne résout pas tout du jour au lendemain. Mais ça change le regard. Et un regard qui change, parfois, ça change tout.
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