Un maillot de bain une pièce pour une petite fille. Mais pourquoi ?
- Noémie Anliard pro
- 21 juil.
- 4 min de lecture

Cet été, en faisant les courses, je me suis arrêtée devant un rayon maillots de bain enfants. D'un côté, des boxers colorés pour les garçons. De l'autre, des maillots une pièce, des deux pièces échancrés, des bikinis — pour les filles.
Et je me suis posé une question simple : pourquoi ?
Le corps d'une petite fille et celui d'un petit garçon — avant la puberté — sont identiques.
Anatomiquement. Physiquement. La poitrine est la même. Il n'y a pas de différence qui justifierait de couvrir l'un et pas l'autre. Et pourtant — on couvre. On échange. On échancre. On bikini-rise. Dès les premiers mois de vie parfois.
Avant la puberté, le corps d'une petite fille et celui d'un petit garçon sont anatomiquement identiques. La poitrine est la même. Alors pourquoi cacher le haut du corps d'une petite fille quand celui d'un petit garçon reste libre ?
À la base, un maillot de bain a une fonction simple : se baigner, bouger, se protéger du soleil. Ni plus, ni moins. Un maillot de bain n'est pas censé être beau, inconfortable ou suggestif. Il est censé être utile. Alors pourquoi en avoir fait autre chose — et uniquement pour les filles ?
Alors je me pose la question, et je vous la pose aussi :
Quand on habille une petite fille d'un maillot une pièce, qu'est-ce qu'on lui dit, sans le dire ?
Que son corps — même à 4 ans, même à 6 ans — doit être couvert ? Que certaines parties sont à cacher ? Que ce qui est neutre sur un garçon ne l'est pas sur elle ?
Ce n'est pas anodin. Ce n'est jamais anodin.
Ce sont ces petits gestes du quotidien — un vêtement, une règle différente, une remarque glissée sans y penser — qui construisent, très tôt, une idée du corps. De ce qu'il faut montrer. De ce qu'il faut cacher. De ce qui appartient au regard des autres — et de ce qui n'appartient qu'à soi.
Un enfant ne naît pas avec la notion que son corps est "trop". C'est quelque chose qu'on lui apprend. Parfois avec les mots. Souvent sans.
Et le maillot de bain, c'est un message. Comme le sont les vêtements roses et les vêtements bleus. Comme le sont les jouets de cuisine pour les unes et les jouets de construction pour les autres. Comme le sont les injonctions à être "sage" pour les filles et "courageux" pour les garçons.
On ne sexualise pas intentionnellement le corps de nos enfants. Mais parfois, sans s'en rendre compte, on reproduit des codes qui construisent, très tôt, une idée que le corps féminin est différent — et qu'il faut le traiter différemment.
"C'est pour la protéger des regards" — cette phrase, je l'entends souvent. Et je la comprends. Mais arrêtons-nous dessus une seconde.
Protéger une petite fille des regards sur un corps qui est, à cet âge, identique à celui d'un garçon — c'est déjà poser l'idée qu'il y a quelque chose à regarder. Quelque chose qui attire. Quelque chose qui doit être caché pour être en sécurité.
Ce n'est pas de la protection. C'est de la sexualisation.
Et la contradiction est là, juste sous nos yeux.
D'un côté, on cache — "pour la protéger". De l'autre, on échancre. On réduit. On bikini-rise. On choisit le maillot qui la rend "jolie". Pendant que pour le garçon, on lui met un boxer large qui le protège du soleil.
Protéger d'un côté. Séduire de l'autre. Les deux en même temps. Sur le même corps. Au même âge.
Ce n'est pas une coïncidence — c'est le reflet d'une injonction contradictoire que les petites filles reçoivent dès leurs premières années : ton corps doit être couvert et il doit être joli. Il doit être caché et il doit plaire. Il t'appartient et il appartient au regard des autres.
Et tout ça — avant même qu'elles sachent lire.
Ça ne protège pas — ça envoie un message. Que son corps, contrairement à celui d'un garçon, est un corps qui pose problème. Un corps qui doit se justifier. Un corps à contrôler.
Ça ne protège pas — ça différencie. Et ça apprend, très tôt, à une petite fille que son corps n'est pas tout à fait le sien. La liberté d'un côté. L'injonction de l'autre. Dès le plus jeune âge.
Je ne dis pas qu'il faut interdire les maillots une pièce. Je ne dis pas que c'est mal d'en acheter un. Je dis juste qu'il vaut la peine de s'arrêter une seconde et de se poser la question.
Pourquoi ce choix ? Qu'est-ce qu'il transmet à mon enfant sur son corps ?
Si c'était mon fils — est-ce que je ferais pareil ?
Et si mon enfant me demandait pourquoi — qu'est-ce que je lui répondrais ?
Ce sont ces petites questions qui font les grands changements. Pas forcément dans le maillot qu'on achète cette année. Mais dans la façon dont on parle du corps à nos enfants. Dans ce qu'on leur apprend à en penser. Dans ce qu'on leur donne comme outils pour le connaître, le respecter — et le défendre.
Parce que tout commence là. Bien avant la puberté. Bien avant qu'on leur explique quoi que ce soit sur la sexualité. Dans les petits gestes du quotidien, les petits choix qu'on fait sans y penser.
Et vous — vous en pensez quoi ?



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